Chronique | Deux embauches suffiront-elles à redonner son lustre au Canada?
Si Équipe Canada Junior connaît moins de succès sur la scène internationale, c’est davantage à cause de problèmes administratifs et organisationnels qu’en raison de lacunes dans le système de développement canadien. Après deux éliminations consécutives à l’étape des quarts de finale (aux mains de la Tchéquie) au Championnat mondial junior, c’est ce que semblent avoir conclu les dirigeants de Hockey Canada. Dans l’espoir de redresser la situation, la fédération canadienne a annoncé cette semaine l’ajout de deux couches administratives à la supervision de ses programmes de haute performance masculins. On a ainsi appris qu’un vice-président des opérations hockey et un directeur général seront embauchés à temps complet. Les deux nouveaux responsables travailleront sous la supervision de Scott Salmond. Ce dernier occupe le poste de vice-président principal de la haute performance et des opérations du programme national depuis 2014. Dans le monde du hockey, plusieurs fédérations nationales embauchent des entraîneurs à temps complet pour superviser le développement et faire la sélection des jeunes espoirs qui les représenteront éventuellement dans les grands tournois internationaux. En 2021, Hockey Canada avait emprunté cette voie en confiant le poste d’entraîneur national à André Tourigny. Or, à peine ce dernier avait-il eu le temps de s’installer dans ses nouvelles fonctions qu’il était déjà embauché pour diriger les Coyotes de l’Arizona. Étonnamment, Hockey Canada avait alors renoncé à le remplacer. Pourquoi, quatre ans plus tard, a-t-on choisi d’embaucher un directeur général permanent plutôt qu’un entraîneur en chef? Jusqu’à présent, c’était un DG à temps partiel qui prenait les commandes d’Équipe Canada Junior. On misait par exemple sur le directeur général d’une équipe junior majeur et ce dernier ajoutait la gestion d’Équipe Canada à son horaire quotidien. C’est d’ailleurs encore de cette façon que fonctionne l’équipe nationale senior. Pour la Confrontation des 4 Nations, c’est le DG des Bruins, Don Sweeney, qui est responsable de l’équipe canadienne. Il exécute ce mandat avec la collaboration de Jim Nill (Dallas), Julien BriseBois (Tampa Bay) et Kyle Dubas (Pittsburgh). *** Dorénavant, le prochain directeur général des programmes de haute performances consacrera donc tout son temps au recrutement et à la sélection des joueurs et des entraîneurs des équipes. Les fonctions du nouveau VP aux opérations hockey consisteront quant à elles à assurer un contrôle de la qualité des programmes et à établir une meilleure cohésion entre les équipes nationales U17, U18 et U20, explique la PDG de Hockey Canada, Katherine Henderson. Katherine Henderson Photo : The Canadian Press / HO Après avoir analysé les deux éliminations rapides du Canada lors des deux derniers mondiaux junior, Scott Salmond dit en être venu à la conclusion *** Au bout du compte, il ne semble toutefois pas y avoir de profonde remise en question du modèle de développement canadien dans les officines de Hockey Canada. Même si le hockey est un sport à développement tardif et que notre réseau universitaire ne fait toujours pas partie de la stratégie de développement. Même si le pourcentage de joueurs canadiens évoluant dans la LNH diminue constamment. Et même si, à la veille de la Confrontation des 4 Nations, le Canada s’est retrouvé dans l’inquiétante incapacité d’identifier clairement un gardien numéro un. Ne s’agit-il pas d’une situation préoccupante pour un pays misant sur le plus gros bassin de joueurs de la planète? *** Il a suffi de deux éliminations rapides au Championnat mondial junior pour que les dirigeants de Hockey Canada sentent la pression populaire monter, déclenchent la sonnette d’alarme et procèdent à de nouvelles embauches pour tenter de corriger la situation. Au Québec, le déclin dure depuis 25 ans. Le modèle canadien ne fonctionne clairement pas sur le territoire de la LHJMQ. Le nombre de Québécois évoluant dans la LNH a chuté de plus de 50% depuis le début des années 2000. En fait, une grande partie du déclin du Canada dans la LNH est attribuable à la disparition des joueurs québécois. Par ailleurs, la présence des Québécois au sein des équipes nationales canadiennes est devenue presque symbolique. Et cette tendance s’accentuera sans doute si l’on tient compte du fait que de moins en moins de joueurs québécois sont sélectionnés au repêchage, notamment au premier tour, depuis quelques années. Hockey Québec réfléchit toujours aux meilleurs moyens à prendre pour corriger le tir. La possibilité de créer un programme national de développement semblable à celui des États-Unis fait notamment partie des solutions envisagées. Que penserait Hockey Canada de la création d’un programme de développement québécois? Le Canada avait-il simplement besoin de mieux évaluer ses joueurs pour rester dominant dans un univers qui carbure à l’innovation? L’avenir nous le dira bien assez vite. Mais pour redresser le hockey québécois, il faudra beaucoup, beaucoup plus que cela.L’expérience que nous avons vécue avec André (Tourigny) nous a appris que les bons entraîneurs sont très convoités. Nous l’avons embauché et il est presque immédiatement parti diriger dans la LNH. Les bons directeurs généraux sont aussi très prisés, mais il y a un bassin intéressant de bons DG expérimentés que ce soit dans la LPHF, la Ligue canadienne ou dans la LNH
, expliquait Scott Salmond en entrevue cette semaine.
Ces trois programmes ne peuvent fonctionner séparément. Ils doivent être liés les uns aux autres. Et notre nouveau VP devra se concentrer sur leur évaluation. Il devra tester, construire et évaluer ce que nous faisons en fournissant des données provenant de plusieurs champs d’expertise
, fait valoir madame Henderson.qu’il y a des petits changements qu’on peut faire et qui sont susceptibles de faire une grosse différence dans les résultats obtenus
.Je pense notamment au moment où nous faisons nos évaluations des joueurs, à la manière dont notre processus de sélection fonctionne et à nos critères de sélection. Nous sommes chanceux au Canada d’avoir un bassin de joueurs aussi profond. Il faut toutefois s’assurer d’avoir la bonne combinaison de joueurs pour ultimement avoir la meilleure équipe. Après une élimination, on peut toujours se demander si on avait la meilleure équipe possible. Mais on ne peut réellement le savoir parce qu’on ne sait pas comment les joueurs qui n’ont pas été sélectionnés auraient performé
, soutient Salmond.Mais on va se mettre au défi. Nous allons investir de l’argent, du temps et des ressources pour nous assurer d’avoir les meilleurs joueurs présents au camp et le meilleur processus d’évaluation.
Une partie de la spectaculaire croissance du hockey à travers le monde fait en sorte que même si nous produisons le même nombre de joueurs qu’auparavant, notre représentation dans la LNH continuera de baisser. Il y a juste un plus gros bassin de joueurs disponibles. Cela dit, nous continuons de produire un nombre de joueurs supérieur à notre poids démographique dans le monde du hockey
, estime Katherine Henderson. Je n’ai pas réfléchi à cela précisément. Mais d’un point de vue national, je n’ai jamais été un promoteur (des programmes de développement permanents) parce que je pense que nous avons un bon système. Je crois en la LCH et je crois en notre modèle de développement. Je crois que jouer avec ou contre de meilleurs joueurs élève le niveau de jeu de tout le monde
, répond Scott Salmond. (…) Je pencherais davantage vers une solution comme celle de l’Europe, où l’on fait des pauses internationales, et que ces pauses soient utilisées pour des équipes provinciales ou des camps nationaux. Et peut-être même des camps de développements des habiletés. Nous pourrions peut-être prendre une pause de la saison pour nous concentrer sur le développement
, suggère-t-il.
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